Ne perdons pas le fil... du Temps de l'éternel retour.
Selon Platon, il n'y a pas de temps indépendant d'une substance éternelle intemporelle. Les diverses
modalités se déclinent d'après sa première modalité, l'intemporalité. "Nous disons d'elle qu'elle était, qu'elle est, qu'elle sera, alors qu'elle est est le seul
terme qui lui convienne véritablement, et que elle était et elle sera sont des expressions propres à la génération qui avance dans le temps ; car ce sont là des mouvements."
(Platon, Timée, 38). Il y a toujours chez Platon la construction d'une formidable analytique du langage comme moyen de se libérer des problèmes qui y sont liés afin de ne se préoccuper
que des problèmes essentiels ; établir sa réflexion par de là les apparences où se perdent successivement pragmatistes et empiristes. Nietzsche poursuit sur cette voie, considérant que le
langage et les préjugés sur lesquels repose la langage apportent de multiples obstacles à l'approfondissement des phénomènes internes et des instincts. (Aurore, §96). C'est l'âme qui
vit le temporel, qui le ressent. La temporalité cyclique est matérielle, c'est une substance divisible, changeante. L'éternité est, elle, incorporelle, c'est une substance indivisible et
permanente. Ainsi, le temps est ce par quoi l'éternité se manifeste. "Le temps est né dans le ciel", il est une illusion de l'âme, "une image mobile de l'éternité" ; en ce sens, le temps, l'âme
et le mouvement coexistent harmonieusement. La conception du Timée est une systématisation de thèses pythagoriciennes sur le temps, ayant pour fondements la variabilité cyclique et
l'harmonie cosmique dans la synchronisation des transformations psychiques et des rythmes planétaires.
Platon
Détail de l'Ecole d'Athènes
Raphaêl 1511
Chez Aristote, l'individu particulier est complètement réalisé ; l'entéléchie articule et organise la pensée
du philosophe. C'est pourquoi l'instant est le constituant principal de la temporalité aristotélicienne, d'une part, "division en puissance du temps" et d'autre part, "il limite et unifie les
deux parties" ; il partage le temps linéarisé en passé et futur. L'instant est l'élément indivisible, l'unité, le nombre du mouvement selon l'antérieur et le postérieur. en quelque sorte une
tautologie, puisque la notion d'antériorité ou de postériorité, présuppose celle de la temporalité.
Ainsi, le Retour, confondu avec le simple passé, et le Devenir avec un simple futur, n'existeraient que par le rapport
qu'ils partagent avec l'instant, lequel les réunit.
Les stoïciens, originaires d'Asir Mineure, avaient une représentation figurée de l'univers dont les perspectives sont de fonder la morale
sur la constitution même des mondes. Le temps du devenir, partiel, est apparence illusoire et le temps réel, total, est de nature cyclique. Les ressemblances extérieures entre la cosmogonie
stoïcienne et les idées d'Héraclite sont manifestes : le feu primitif se transforme en air, puis en eau, et au fond se pose ce sédiment, la terre, et en surface l'eau devient l'air
atmosphérique. Le corps du monde regroupe une double substance, l'eau et la tere, et l'air et le feu en sont l'énergie active, le moteur, qui le met en mouvement. Toutes choses de ce monde y
entrent selon les mêmes lois qui les en font sortir. Enfin, tout l'univers s'abîme dans un immense incendie ; au terme comme à l'origine, il ne reste que le feu pur, Zeus.
Nietzsche emprunte aux stoïciens, ce qu'ils développent au sujet du recommencement des mondes : un nouvel univers naîtra, si semblable au
nôtre, que tous les événements, tous les êtres, toutes les choses et objets s'y reproduiront identiques à eux-mêmes, scrupuleusement dans le moindre détail et dans le même ordre : "Les âmes
sont aussi mortelles que le corps. Mais un jour reviendra le réseau des causes où je suis enserré, -il me recréera ! je fais moi-même partie des causes de l'éternel retour des choses."
(Ainsi parlait Zarathoustra, le convalescent §2). Cette pensée qui entraîne de redoutables conséquances, Niezsche l'admire chez les stoïciens, car c'est la volonté même de l'homme qui,
selon lui, est le point de départ de la fatalité qui maîtrise l'univers.
D'origine orientale, les notions de cycles entrecroisés, de stabilité, et d'évolution périodique furent à la base d'une vision cosmique du
réel. Les Grecs ont assimilé cette conception ancestrale de l'être et du temps, de l'organique et du cosmique, pour en établir la plus vaste et cohérente tentative de synthèse du savoir
humain.
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