Lundi 22 juin 2009
Avant-propos
Avant-propos
Introduction
Temps cyclique chez les Anciens 1/3
Temps cyclique chez les Anciens 2/3

Desposte éclairé, mathématicien, astronome, ingénieur et pythagoricien, Archytas de Tarente  pense que le temps est le nombre d'un certain mouvement, ou de manière générale, l'intervalle propre à la nature de l'univers. Autrement dit, il attribue au "cycle" du retour une période assez grande pour contenir toutes celles des autres cycles. Ce cycle, incommensurable, est riche de tous les possibles, et il peut contenir la multiplicité des vies reliées par la métempsycose. Les consciences ne pouvant franchir le seuil de la période cosmique suivante, elles découvrent chaque nouveau cycle comme une réalité sans précédent ni retour ; ce devenir intra-cyclique de la transmigration des âmes est la vérité éternelle et infiniment renouvelée des êtres vivants. L'avant et l'après de tous les êtres multiples doivent donc être eux-mêmes pareils ; le passé et le présent ne font qu'un.

Immobile et mouvant, le monde héraclitéen se déploie en cercle où le temps se referme sur lui-même en une récursivité incessante et où le commencement et la fin se confondent. Selon Héraclite, le monde est né d'un feu divin, jamais allumé, et que jamais rien n'éteindra. Nietzsche s'était toujours senti investi par la pensée d'Héraclite, comme une grande expérience intérieure, actuelle et familière. Ainsi, la pensée du retour éternel, emprunté par Héraclite aux pythagoriciens, saisit Niezsche par son évidence. Il a cherché à moderniser cette pensée, en se l'appropriant, et en lui modelant une image scientifique. A la lecture d'Heraclite, on ne peut écarter de notre pensée la physique contemporaine : l'accumulation des similitudes et des analogies nourries par les intuitions de génie qui semblent annoncer la physique post-nextonienne est troublante, mais à l'inverse la pensée héraclitéenne du temps ne peut être élucidée par une immixtion de l'épistémologie de la physique moderne dans la philosophie grecque. Pour Héraclite, le temps est cyclique ; cette circularité temporelle où le dernier événement est aussi le premier , anéantit toute tentative de recherche causale car tout phénomène est à la fois cause et conséquence : le monde est figé, il est ce qu'il a toujours été et sera toujours. Tout étant casue prémière et conséquence finale, le monde se vide de tout sens qui pourrait lui être donné. L'histoire, aussi bien humaine qu'astronomique étant appelée à se répéter en un éternel retour, ne peut revendiquer aucun autre dessein que celui déjà accompli tant d'autres fois. En raison de la circularité de son parcours, le temps perd l'univocité qu'il a dans la pensée classique aristotélicienne où la vérité est celle de l'irréversibilité des événements et la pensée d'une cause première -d'une origine absolue- : le temps, ici linéaire, découle d'une pensée déterministe, et enferme les hommes dans un destin inéluctable où l'acte ne peut se prévaloir d'aucune liberté.

La conception d'un devenir cyclique de l'univers, conduit par la circularité temporelle de l'éternel retour, tend aussi à immobiliser le monde et l'homme dans une prédétermination de leur destin, pourtant la perspective héraclitéenne ouvre le cercle tout en refusant le déterminisme linéaire ; autrement dit, c'est l'intrusion du chaos dans la physis et le recours à un regard non plus déterministe mais probabiliste : si les actes passés perdurent à travers les souvenirs, les lendemains demeurent incertains.

Nietzsche n'oublie pas la pensée héraclitéenne qui consiste en un vaste mouvement circulaire, par lequel l'univers, sorti de sa prime jeunesse, accomplit sa destinée dans une maturité qui aboutit à la décrépitude, pour renaître de ses cendres, intact. Il s'approprie, certes "que toutes les choses reviennent éternellement et que nous revenis nous-mêmes avec elles, que nous avons été là une infinité de fois et que toutes choses ont été avec nous" ou encore que "tout, va, tout revient, la roue de l'existence tourne éternellement. Tout meurt, tout refleurit, le cycle de l'existence se poursuit éternellement. Tout se brise, tout s'assemble à nouveau ; éternellement se bâtit le même édifice de l'existence." mais reconnaît ses sources : "la doctrine de l'éternel retour, c'est-à-dire de la répétition absolue et infinie de toutes choses - cette doctrine de Zarathoustra pourrait, en fin de compte, déjà avoir été enseignée autrefois par Héraclite. Les stoïciens du moins, qui ont hérité d'Héraclite presque toutes leurs idées fondamentalesn en présentent des traces. -" En effet, les stoïciens avaient formulé l'idée de l'éternel retour ave cune volonté d'échapper à la fatalité de faits qui reviendraient immanquablement toujours les mêmes, qu'ils soient actes de vertu ou crimes ; et à la question de savoir comment et pourquoi chercher le bien si tout est prédestiné ? Ils répondaient  qu'il faut aimer son destin selon les termes des stoïciens de l'époque impériale Sénèque et Marc-Aurèle : "Fata volentem ducunt, nolentem trahunt."

Le destin conduit celui qui veut et traîne celui qui ne veut pas.

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Par Aurel
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