Mardi 17 novembre 2009
Pour celles et ceux qui suivent mes articles sur le Temps de l'Eternel Retour, voici la suite !
Nietzsche a souvent cru reconnaître dans les philosophies grecques des pensées orientales. Etait-ce un héritage commun des peuples indo-européens ou, la pensée humaine, où que soit son évolution géographique, doit-elle évoluer selon une structure déterminée ? Jamais Nietzsche ne définira cette pensée dont on retrouve quelques vestiges dans ses études orientales dès 1876 ; il emprunte à Diogène Laërce que "selon les Mages, les hommes revivront, et les êtres avec leurs dénominations d'à présent demeureront." Il ne s'agit pas ici de la résurrection de l'homme des judéo-chrétiens, mais bien de la restitution cyclique de l'ensemble de l'univers ramené intégralement selon les états par lesquels il est déjà passé.
Ahriman
Nietzsche avait lu ces récits d'épidémies aux allures apocalyptiques dans différentes études de l'orientaliste Spiegel
: les complexes religions iraniennes -antérieures à l'islam- en sont riches.
En même temps qu'ils s'installent en Inde, deux clans aryens envahissent les terres mésopotamiennes où le fondement religieux est assyro-babylonien (principalement le culte de Mithra qui donnera naissance au manichéisme), et joueront un rôle primordial dans l'histoire philosophico-religieuse de la Perse. Les Médes, vainqueurs d'Assur et de Ninive, et les Perses vainqueurs de Suse. Avec eux, se véhiculent des fonds religieux semblables au Védisme : panthéon, culte de la nature, vénération du feu et des forces abstraites de l'univers, y sont analogues. Les Mèdes ont une classe sacerdotale puissante composée de mages, d'où serait issu Zoroastre au septième siècle avant J.C. De nombreuses légendes font du prophète mède, un puissant mage que Nietzsche entend comme un homme historique qui répandit une vision des Dieux parmi les Mèdes. Le livre sacré du zoroastrisme est connu en Europe sous le nom de Zend-Avesta ; Zoroastre introduit dans la pensée iranienne la notion de dualisme imagée par l'opposition du dieu bon Ormuzd (Oromaze) et du dieu mauvais Ahriman (Ahra Mainyu ou Areimanios).
Selon les mages mèdes, deux dieux dominent alternativement le monde, chacun pendant une période de trois mille ans. Ces dieux sont Ormuzd et Ahriman et au terme de leur règne successif, le monde sera témoin pendant trois mille nouvelles années d'une guerre opposant les deux dieux. Pourtant à la suite de ce conflit, les hommes, dont les corps ne projetteront plus d'ombre, et n'ayant plus besoin de se nourrir, seront tous heureux. Ce sera alors le repos du dieu victorieux, qui se reposera pendant un temps incommensurable mais qui sera pour lui une simple nuit de sommeil. La fin de son règne voit s'abbatre sur le monde, peste et famine ; le monde où ne subsistera qu'une heureuse poignée d'hommes unilingues -inébranlable dernière et unique forme de vie- siégeant dans une unique cité, demeurera plat et uni.
Les prêtres perses mentionnent qu'à la fin des temps, les hommes cesseront de consommer de la viande, du lait et du pain pour ne boire que de l'eau et finalement atteindre le jeûne total. Par la suite, le dieu Susius est chargé de ramener à la vie tous les morts, chacun retrouvant sa famille et ses actes, mais renaissant plus ou moins à l'âge où il avait cessé de vivre ; alors, Ahura-Mazda tuera Ahriman et le serpent, cause de tous les désastres -le serpent étant comme dans le Bouddhisme, l'image du temps, ou de l'éternité. Ce qui préoccupe les Perses ce n'est donc pas la restitution exacte de tous les états passés de l'univers, ni un retour à l'identité totale, mais de recouvrer leur personnalité chargée de ses souvenirs, néanmoins dépouillée d'imperfections : ce retour, non pas de tout, mais de la restauration des hommes et des choses dans un état de pureté tel qu'il existait avant leur vie terrestre, inspirera l'apocalypse chrétienne et sa purification par le feu. Nietzsche, lui, emprunte à cette doctrine la volonté humaine d'un retour à la jeunesse de l'Univers. Une formule rituelle du premier livre, Yasna, du Zend-Avesta, met l'accent sur cette volonté humaine d'oeuvrer en faveur de l'immortalité vivante et du rajeunissement de l'univers : "Puissions-nous être de ceux qui renouvelleront le monde."
Le retour éternel ne peut, selon Nietzche, provenir que de la seule intelligence humaine ; et ceux qui supportent la révélation du cruel message du retour éternel de toute chose, vivent déjà dans la région intelligible, c'est-à-dire dans la région privilégiée de ceux qui consentent à leur destinée. Selon Zoroastre, l'homme n'est pas un simple témoin du combat entre les deux dieux, mais bien un acteur du conflit, et se doit de contribuer au triomphe d'Ormuzd confronté à Ahriman.
Zoroastre
Le zoroastrisme s'est mêlé à de nombreuses sectes parsies, et notamment celle des Zervaniens, dont
Nietzsche a très probablement eu connaissance par les travaux sur la gnose iranienne de James Darmesteter. Le zervanisme annoce que le monde existe pendant douze mille ans, mais que le temps
existait avant lui, et continuera après sa fin ; la secte distingue donc un temps limité durant lequel se déroule l'histoire du monde, et un temps illimité distinct du premier. Ormuzd survit
durant toute la période du temps limité, mais existe aussi pendant le temps illimité, ainsi le temps n'est pas au dessus du dieu mais subsiste de lui-même.
Peu à peu, le temps apparaît comme le lieu souverain où résident les forces abstraites de l'univers, celles qui dirigent les mondes. C'est cette forme du temps qu'a retenue Nietzsche : si l'univers matériel, le monde, les hommes et leurs actes sont sujets à une terrible fatalité dans le temps qui leur est imparti, l'étendue illimitée de ce dernier assure les zervaniens et Nietzsche de l'éternel retour, et de la particulière immortalité des hommes.
Nietzsche a souvent cru reconnaître dans les philosophies grecques des pensées orientales. Etait-ce un héritage commun des peuples indo-européens ou, la pensée humaine, où que soit son évolution géographique, doit-elle évoluer selon une structure déterminée ? Jamais Nietzsche ne définira cette pensée dont on retrouve quelques vestiges dans ses études orientales dès 1876 ; il emprunte à Diogène Laërce que "selon les Mages, les hommes revivront, et les êtres avec leurs dénominations d'à présent demeureront." Il ne s'agit pas ici de la résurrection de l'homme des judéo-chrétiens, mais bien de la restitution cyclique de l'ensemble de l'univers ramené intégralement selon les états par lesquels il est déjà passé.
Ahriman
En même temps qu'ils s'installent en Inde, deux clans aryens envahissent les terres mésopotamiennes où le fondement religieux est assyro-babylonien (principalement le culte de Mithra qui donnera naissance au manichéisme), et joueront un rôle primordial dans l'histoire philosophico-religieuse de la Perse. Les Médes, vainqueurs d'Assur et de Ninive, et les Perses vainqueurs de Suse. Avec eux, se véhiculent des fonds religieux semblables au Védisme : panthéon, culte de la nature, vénération du feu et des forces abstraites de l'univers, y sont analogues. Les Mèdes ont une classe sacerdotale puissante composée de mages, d'où serait issu Zoroastre au septième siècle avant J.C. De nombreuses légendes font du prophète mède, un puissant mage que Nietzsche entend comme un homme historique qui répandit une vision des Dieux parmi les Mèdes. Le livre sacré du zoroastrisme est connu en Europe sous le nom de Zend-Avesta ; Zoroastre introduit dans la pensée iranienne la notion de dualisme imagée par l'opposition du dieu bon Ormuzd (Oromaze) et du dieu mauvais Ahriman (Ahra Mainyu ou Areimanios).
Selon les mages mèdes, deux dieux dominent alternativement le monde, chacun pendant une période de trois mille ans. Ces dieux sont Ormuzd et Ahriman et au terme de leur règne successif, le monde sera témoin pendant trois mille nouvelles années d'une guerre opposant les deux dieux. Pourtant à la suite de ce conflit, les hommes, dont les corps ne projetteront plus d'ombre, et n'ayant plus besoin de se nourrir, seront tous heureux. Ce sera alors le repos du dieu victorieux, qui se reposera pendant un temps incommensurable mais qui sera pour lui une simple nuit de sommeil. La fin de son règne voit s'abbatre sur le monde, peste et famine ; le monde où ne subsistera qu'une heureuse poignée d'hommes unilingues -inébranlable dernière et unique forme de vie- siégeant dans une unique cité, demeurera plat et uni.
Les prêtres perses mentionnent qu'à la fin des temps, les hommes cesseront de consommer de la viande, du lait et du pain pour ne boire que de l'eau et finalement atteindre le jeûne total. Par la suite, le dieu Susius est chargé de ramener à la vie tous les morts, chacun retrouvant sa famille et ses actes, mais renaissant plus ou moins à l'âge où il avait cessé de vivre ; alors, Ahura-Mazda tuera Ahriman et le serpent, cause de tous les désastres -le serpent étant comme dans le Bouddhisme, l'image du temps, ou de l'éternité. Ce qui préoccupe les Perses ce n'est donc pas la restitution exacte de tous les états passés de l'univers, ni un retour à l'identité totale, mais de recouvrer leur personnalité chargée de ses souvenirs, néanmoins dépouillée d'imperfections : ce retour, non pas de tout, mais de la restauration des hommes et des choses dans un état de pureté tel qu'il existait avant leur vie terrestre, inspirera l'apocalypse chrétienne et sa purification par le feu. Nietzsche, lui, emprunte à cette doctrine la volonté humaine d'un retour à la jeunesse de l'Univers. Une formule rituelle du premier livre, Yasna, du Zend-Avesta, met l'accent sur cette volonté humaine d'oeuvrer en faveur de l'immortalité vivante et du rajeunissement de l'univers : "Puissions-nous être de ceux qui renouvelleront le monde."
Le retour éternel ne peut, selon Nietzche, provenir que de la seule intelligence humaine ; et ceux qui supportent la révélation du cruel message du retour éternel de toute chose, vivent déjà dans la région intelligible, c'est-à-dire dans la région privilégiée de ceux qui consentent à leur destinée. Selon Zoroastre, l'homme n'est pas un simple témoin du combat entre les deux dieux, mais bien un acteur du conflit, et se doit de contribuer au triomphe d'Ormuzd confronté à Ahriman.
Zoroastre
Peu à peu, le temps apparaît comme le lieu souverain où résident les forces abstraites de l'univers, celles qui dirigent les mondes. C'est cette forme du temps qu'a retenue Nietzsche : si l'univers matériel, le monde, les hommes et leurs actes sont sujets à une terrible fatalité dans le temps qui leur est imparti, l'étendue illimitée de ce dernier assure les zervaniens et Nietzsche de l'éternel retour, et de la particulière immortalité des hommes.







