Mercredi 23 septembre 2009
Durant ses années à l'université de Bonn, Nietzsche a étudié un peu de sanskrit, et par les diverses publications de son ami Paul Deusen, s'est intéressé à la littérature védique. Ses références principales dans ce domaine sont sans doute les Lois de Manou qu'il cite à plusieurs reprises notamment dans l'Antéchrist " C'est avec un sentiment opposé que je lis le Code de Manou, un livre incomparablement spirituel et supérieur ; le nommer d'une seule haleine avec la Bible serait un péché contre l'esprit " ou encore dans le Crépuscule des Idoles " l'exemple le plus grandiose en est donné par la morale hindoue, par la loi de Manou qui reçoit la sanction d'une religion".

Ce code propose avant tout la définition des devoirs éthiques et moraux des castes hindouistes, et c'est en ce sens que Nietzsche s'y réfère principalement ; il écrit dans une lettre à Peter Gast " un code religieux de la morale fondé sur les Védas, où l'idée de caste, remontant aux temps primitifs - dépourvu de pessimisme, bien que présentant un caractère sacerdotal - complète de la façon la plus remarquable mes idées sur la religion ".

Cependant, ce code offre aussi une vision cosmogonique du monde. La législation brahmane prépare à la vie éternelle en exigeant une pureté de toutes les pensées et de tous les actes de l'homme.



Le b
rahmanisme décrit dans le Code de Manou, croit en une puissance divine, une âme suprême qui sommeille, et ne s'éveille que pour créer :


" Le soleil établit la division du jour et de la nuit pour les hommes et pour les Dieux ; la nuit est pour le sommeil des êtres, et le jour pour le travail.
Un mois des mortels est un jour et une nuit des Pitris ; il se divise en deux quinzaines : la quinzaine noire est, pour les Mânes, le jour destiné aux actions ; et la quinzaine blanche, la nuit consacrée au sommeil.
Une année des mortels est un jour et une nuit des Dieux ; et voici quelle ne est la division : le jour répond au cours septentrional du soleil, et la nuit à son cours méridional.
Maintenant, apprenez par ordre, et succinctement, quelle est la durée d'une nuit et d'un jour de Brahmâ, et de chacun des quatre âges (Yougas).
Quatre mille années divines composent, au dire des sages, le Krita-youga ; le crépuscule qui précède est d'autant de centaines d'années ; le crépuscule qui suit est pareil.
Dans les trois autres âges, également précédés et suivis d'un crépuscule, les milliers et les centaines d'années sont successivement diminués d'une unité.
Ces quatre âges qui viennent d'être énumérés étant supputés ensemble, la somme de leurs années, qui est de douze mille, est dite l'âge des Dieux.
Sachez que la réunion de mille âges divins compose en somme un jour de Brahmâ, et que la nuit a une durée égale.
Ceux qui savent que le saint jour de Brahmâ ne finit qu'avec mille âges et que la nuit embrasse un pareil espace de temps, connaissent véritablement le jour et la nuit.
A l'expiration de cette nuit, Brahmâ, qui était endormi, se réveille ; et, en se réveillant, fait émaner l'esprit divin (Manas), qui par son essence existe, et n'existe pas pour les sens extérieurs.
Poussé par le désir de créer, éprouvé par l'âme suprême, l'esprit divin ou le principe intellectuel opère la création, et donne naissance à l'éther, que les sages considèrent comme doué de la qualité du son.
De l'éther, opérant une transformation, naît l'air, véhicule de toutes les odeurs, pur et plein de force, dont la propriété reconnue est la tangibilité.
Par une métamorphose de l'air est produite la lumière, qui éclaire, dissipe l'obscurité, brille, et qui est déclaré avoir la forme apparente pour qualité.
De la lumière, par une transformation, naît l'eau, qui a pour qualité la saveur ; de l'eau provient la terre, ayant pour qualité l'odeur : telle est la création opérée dès le principe.
Cet âge des Dieux ci-dessus énoncé, et qui embrasse douze mille années divines, répété soixante et onze fois, est ce que l'on appelle ici la période d'un Manou (Manwantara).
Les périodes des Manous sont innombrables ainsi que les créations et les destructions du monde, et l'Être suprême les renouvelle comme en se jouant."

Une création débute avec l'éveil d'un dieu, qui produit un univers, puis le monde se dissout quand vient le sommeil divin. Alors, les sens et les sentiments s'affaiblissent progressivement, les principes d'actions des êtres vivants sombrent dans les ténèbres originelles d'où l'univers avait pris son envol. Mais de cette profonde obscurité, Atman (l'être immuable, l'âle suprême régnant au-dessus des dieux) s'éveille à nouveau pour recréer
l'oeuvre détruite, réunissant les mêmes principes subtils et s'immisçant dans toutes les formes vivantes, ce jour et cette nuit se répétant infiniment.

Chaque individu, chaque être vivant est promis à une mort certaine puis à une résurrection éternellement renouvelées. Ainsi, un dieu -mortel- crée par delà lui-même des êtres immortels. C'est cette notion qui a frappé Nietzsche, car dans toute la philosophie occidentale, la créature est inférieure au créateur, or ici, le brahmanisme offre une formidable alternative métaphysique : le créé dépasse le créateur. Nietzsche a été séduit par cette notion orientale qui se résume à cette pensée : Créer, c'est se dépasser.


Le bouddhisme en tout être apparent saisit le devenir, et le brahmanisme dans tout devenir saisit l'être. Le bouddhisme affirme la causalité sans substance et le brahmanisme la substance sans cause. C'est en ce sens que Nietzsche démarque ces deux croyances orientales.
Par Aurel
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Samedi 12 septembre 2009

Maintenant que j'ai l'eau à la bouche, j'ai hâte de le voir en festival !
Son nouveau blog
Par Aurel
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Lundi 27 juillet 2009

Le Temps de l'Eternel Retour



Or donc, après ce petit aperçu du temps cyclique chez les Anciens, jetons un œil aux sources orientales.


Nietzsche
a étudié passionnément le bouddhisme, qui fut pour lui lors de sa grande enquête sur les civilisations, l'exemple d'une parfaite transvaluation. Ses guides dans ce domaine sont principalement les deux volumes de Carl-Friedrich Kœppen, Religion des Bouddha, et le livre d'Oldenberg, Le Bouddha ; le premier auteur attachant plus d'importance à la doctrine, et le second à la personne même du Bouddha.

Une grande inspiration -ou contentement- qu'a pu avoir Nietzsche dans le premier tome de Kœppen, est l'idée qu'en dehors du bouddhisme, il n'y a pas de religion où la supériorité de l'homme sur les dieux soit si nettement marquée par des principes et des dogmes ; car le Bouddha est un homme, plus précisément, ce n'est qu'un homme qui ne doit sa sagesse et sa majesté à aucune prétendue relation divine, mais qu'à lui seul et ses efforts à parvenir à la perfection. Ce qui fascine Nietzsche dans la doctrine bouddhique, c'est un phénoménisme total qui s'en tient à l'aspect sensible des choses. Non sophiste, le bouddhisme n'invente pas une substance derrière les phénomènes, mais ces derniers sont sujets à la naissance et à l'anéantissement ; ils disparaissent comme ils sont nés.


La connaissance humaine n'entrevoit que la série des existences, c'est-à-dire qu'elle est limitée au circuit tracé par ces existences. De l'oeuf à l'oiseau, de la graine à l'arbre et de l'oiseau à l'oeuf, de l'arbre qui produit le fruit, la nouvelle graine : pouvons-nous donner une explication, une origine à ces observations ? Comment signifier le monde autrement que par ce simple examen cyclique ? L'univers ne vient-il pas d'un univers plus ancien ? Le monde ne serait-il pas né des cendres d'un monde qui a péri, lui-même né de la graine d'un autre plus ancien encore ?

Le cycle bouddhique selon lequel les mondes périssent et naissent à nouveau, prédomine -sous des formes modernisées- la philosophie de Niezsche.

Les Kalpas sont des ères se renouvelant par cycle, englobant eux-mêmes des groupes de cycles petits. Le grand kalpa ou mahâ-kalpa, est la durée totale d'une révolution, depuis la naissance d'un monde jusqu'à son anéantissement et jusqu'à l'aube du nouveau monde. Le mahâ-kalpa se divise lui-même en quatre périodes incommensurables appelées asankya-kalpas, correspondant au cycle d'un monde : son apparition, le kalpa de la restauration, son maintien, le kalpa de la restauration continuée, sa dégénérescence, le kalpa de la destruction et son absence , le kalpa de la destruction continée ; après quoi le cycle reprend indéfiniment. Le bouddhisme ne cherche pas à mesurer le temps, mais au contraire, à proposer l'idée le plus démesurée -et pourquoi pas, effrayante- du déroulement temporel. Un exemple de Koeppen au sujet de cet volonté bouddhiste de montrer l'incommensurabilité des cycles intérieurs, peut être repris en ce termes : "l'immensité de cette période est suggérée par plusieurs imagesévocatrices. Par exemple, si, une fois par siècle, un homme caressait une montagne de granit massif haute d'environ dix mille mètres avec un morceau de fine étoffe, elle serait usée avant que ne se soit écoulée une grande ère. Et pourtant, les ères écoulées sont plus nombreuses que tous les grains de sable des rives du Gange !".


Le bouddhisme affirme que ce qui n'a pas commencé ne se termine pas : il n'y a pas de terme aux choses qui n'ont pas encore de début. Or, exception faite du cycle des kalpas, toute chose a un début et une fin, tout naît et péri. Seul donc, le cycle inébranlable et éternel des kalpas ne s'arrête jamais. Même les êtres sont emportés, et sans fin ils naissent et périssent : ne subsiste qu'une mort éternnellement renouvelée. Nombres de vastes fresques bouddhistes annoncent qu'une fin apocalyptique attend le monde ; massacres, pestes, famines et tous les symboles de la décrépitude morale s'y dessinent.

Zarathoustra, "le prophète de l'Eternel Retour des choses" n'annonce-t-il d'ailleurs pas l'avènement des derniers hommes sur une Terre devenue toute petite pour eux et où les populations humaines ne seraient constituées que de pygmées et d'hommes grégaires : chez les Indous, l'ère où les hommes sont de vertu malingre et de taille naine est l'âge qui voit naître le plus de Bouddhas. C'est par ailleurs à des hommes petits et à la morale fébrile qu'en ces mots, Zarathoustra annonce la venue du dernier homme, "il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez encore en vous un chaos. [...] Les temps sont proches où l'homme ne mettra plus d'étoile au monde. Les temps sont proches du plus méprisables des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même. Voici ! je vous montre le dernier homme."

L'existence du monde n'est, pour le bouddhsime, pas purement matérielle. L'essence même de l'univers, ce sont les âmes vivantes, la matière n'étant qu'une écorce, une coquille sécrétée par ces âmes. Cette écorce matérielle se constitue selon les états moraux et les actes de tous les vivants, qui se répercutent à travers les siècles sous la forme d'une ondulation qui ne s'éteindra qu'avec la fin des cycles de kalpas.
Le Destin (Karman) n'est pas une fatalité chez les bouddhistes, et ce n'est pas non plus une pensée divine qui le conçoit ; il est le fruit, l'aboutissement, le produit d'une suite complexe d'actes moraux décidés et volontaires. Le bouddhisme s'oppose à ce titre au déterminisme scientifique moderne où tous les phénomènes demeurent déterminés par des lois invariables dans le temps et dans l'espace. Cette doctrine métaphysqie bouddhiste affirme ainsi qu'un ensemble d'actes de création, libres, mais passés, limite, par une loi de pure contingence, les actes libres du présent. Cette loi décide donc aussi du retour éternel : le cycle n'est pas un circuit qui prédétermine tous les actes des vivants, mais il prouve au contraire le pouvoir créatuer et intérieur au vivant, le pouvoir de décision, de volonté et de maîtrise sur les mondes.


"Combien l'Europe est encore éloignée de ce degré de culture !" Quel que soit l'évolution technique à laquelle est parvenue l'Europe de la fin du dix-neuvième siècle, dans le domaine religieux, elle n'a pas atteint la candeur du bouddhisme qui empreinte au brahmanisme : le principe de la rédemption par soi-même. Car les brahmanes, quel que soit la part de superstition et de poésie présente dans leurs cérémonies, rituels et prières, croyaient qu'un pouvoir plus grand habitait les prêtres et les mages que les dieux eux-mêmes ; une seule marche était à franchir, et les dieux étaient jetés à bas.

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Par Aurel
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Mardi 7 juillet 2009
N'oubliez pas d'acheter le Lanfeust Mag' 122 en kiosque pendant les deux mois d'été !

Et si vous ne savez pas quoi faire en allant faire caca, jetez-y un oeil à la page 102.


Par Aurel
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Lundi 29 juin 2009
Ne perdons pas le fil... du Temps de l'éternel retour.

Selon Platon, il n'y a pas de temps indépendant d'une substance éternelle intemporelle. Les diverses modalités se déclinent d'après sa première modalité, l'intemporalité. "Nous disons d'elle qu'elle était,  qu'elle est, qu'elle sera, alors qu'elle est  est le seul terme qui lui convienne véritablement, et que elle était et elle sera sont des expressions propres à la génération qui avance dans le temps ; car ce sont là des mouvements." (Platon, Timée, 38). Il y a toujours chez Platon la construction d'une formidable analytique du langage comme moyen de se libérer des problèmes qui y sont liés afin de ne se préoccuper que des problèmes essentiels ; établir sa réflexion par de là les apparences où se perdent successivement pragmatistes et empiristes. Nietzsche poursuit sur cette voie, considérant que le langage et les préjugés sur lesquels repose la langage apportent de multiples obstacles à l'approfondissement des phénomènes internes et des instincts. (Aurore, §96). C'est l'âme qui vit le temporel, qui le ressent. La temporalité cyclique est matérielle, c'est une substance divisible, changeante. L'éternité est, elle, incorporelle, c'est une substance indivisible et permanente. Ainsi, le temps est ce par quoi l'éternité se manifeste. "Le temps est né dans le ciel", il est une illusion de l'âme, "une image mobile de l'éternité" ; en ce sens, le temps, l'âme et le mouvement coexistent harmonieusement. La conception du Timée est une systématisation de thèses pythagoriciennes sur le temps, ayant pour fondements la variabilité cyclique et l'harmonie cosmique dans la synchronisation des transformations psychiques et des rythmes planétaires.

Platon
Détail de l'Ecole d'Athènes
Raphaêl 1511


Chez Aristote, l'individu particulier est complètement réalisé ; l'entéléchie articule et organise la pensée du philosophe. C'est pourquoi l'instant est le constituant principal de la temporalité aristotélicienne, d'une part, "division en puissance du temps" et d'autre part, "il limite et unifie les deux parties" ; il partage le temps linéarisé en passé et futur. L'instant est l'élément indivisible, l'unité, le nombre du mouvement selon l'antérieur et le postérieur. en quelque sorte une tautologie, puisque la notion d'antériorité ou de postériorité, présuppose celle de la temporalité.

Ainsi, le Retour, confondu avec le simple passé, et le Devenir avec un simple futur, n'existeraient que par le rapport qu'ils partagent avec l'instant, lequel les réunit.

Les stoïciens, originaires d'Asir Mineure, avaient une représentation figurée de l'univers dont les perspectives sont de fonder la morale sur la constitution même des mondes. Le temps du devenir, partiel, est apparence illusoire et le temps réel, total, est de nature cyclique. Les ressemblances extérieures entre la cosmogonie stoïcienne et les idées d'Héraclite sont manifestes : le feu primitif se transforme en air, puis en eau, et au fond se pose ce sédiment, la terre, et en surface l'eau devient l'air atmosphérique. Le corps du monde regroupe une double substance, l'eau et la tere, et l'air et le feu en sont l'énergie active, le moteur, qui le met en mouvement. Toutes choses de ce monde y entrent selon les mêmes lois qui les en font sortir. Enfin, tout l'univers s'abîme dans un immense incendie ; au terme comme à l'origine, il ne reste que le feu pur, Zeus.

Nietzsche emprunte aux stoïciens, ce qu'ils développent au sujet du recommencement des mondes : un nouvel univers naîtra, si semblable au nôtre, que tous les événements, tous les êtres, toutes les choses et objets s'y reproduiront identiques à eux-mêmes, scrupuleusement dans le moindre détail et dans le même ordre : "Les âmes sont aussi mortelles que le corps. Mais un jour reviendra le réseau des causes où je suis enserré, -il me recréera ! je fais moi-même partie des causes de l'éternel retour des choses." (Ainsi parlait Zarathoustra, le convalescent §2). Cette pensée qui entraîne de redoutables conséquances, Niezsche l'admire chez les stoïciens, car c'est la volonté même de l'homme qui, selon lui, est le point de départ de la fatalité qui maîtrise l'univers.


D'origine orientale, les notions de cycles entrecroisés, de stabilité, et d'évolution périodique furent à la base d'une vision cosmique du réel. Les Grecs ont assimilé cette conception ancestrale de l'être et du temps, de l'organique et du cosmique, pour en établir la plus vaste et cohérente tentative de synthèse du savoir humain.


La suite c'est ici.
Par Aurel
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Mardi 23 juin 2009
Seb Lamirand vient d'achever la colo de Guillemot le Preux qui est directement parti au grand galop chez l'imprimeur.

Pour avoir un aperçu du superbe travail réalisé par Steven Lejeune sur ce projet, voici deux des cinq planches qui ont été retirées pour entrer dans la norme des histoires courtes du Lanfeust Mag'. Pour voir le reste, il faudra acheter le numéro 122 de juillet !
Par Aurel
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Lundi 22 juin 2009

Par Aurel
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Lundi 22 juin 2009
Avant-propos
Avant-propos
Introduction
Temps cyclique chez les Anciens 1/3
Temps cyclique chez les Anciens 2/3

Desposte éclairé, mathématicien, astronome, ingénieur et pythagoricien, Archytas de Tarente  pense que le temps est le nombre d'un certain mouvement, ou de manière générale, l'intervalle propre à la nature de l'univers. Autrement dit, il attribue au "cycle" du retour une période assez grande pour contenir toutes celles des autres cycles. Ce cycle, incommensurable, est riche de tous les possibles, et il peut contenir la multiplicité des vies reliées par la métempsycose. Les consciences ne pouvant franchir le seuil de la période cosmique suivante, elles découvrent chaque nouveau cycle comme une réalité sans précédent ni retour ; ce devenir intra-cyclique de la transmigration des âmes est la vérité éternelle et infiniment renouvelée des êtres vivants. L'avant et l'après de tous les êtres multiples doivent donc être eux-mêmes pareils ; le passé et le présent ne font qu'un.

Immobile et mouvant, le monde héraclitéen se déploie en cercle où le temps se referme sur lui-même en une récursivité incessante et où le commencement et la fin se confondent. Selon Héraclite, le monde est né d'un feu divin, jamais allumé, et que jamais rien n'éteindra. Nietzsche s'était toujours senti investi par la pensée d'Héraclite, comme une grande expérience intérieure, actuelle et familière. Ainsi, la pensée du retour éternel, emprunté par Héraclite aux pythagoriciens, saisit Niezsche par son évidence. Il a cherché à moderniser cette pensée, en se l'appropriant, et en lui modelant une image scientifique. A la lecture d'Heraclite, on ne peut écarter de notre pensée la physique contemporaine : l'accumulation des similitudes et des analogies nourries par les intuitions de génie qui semblent annoncer la physique post-nextonienne est troublante, mais à l'inverse la pensée héraclitéenne du temps ne peut être élucidée par une immixtion de l'épistémologie de la physique moderne dans la philosophie grecque. Pour Héraclite, le temps est cyclique ; cette circularité temporelle où le dernier événement est aussi le premier , anéantit toute tentative de recherche causale car tout phénomène est à la fois cause et conséquence : le monde est figé, il est ce qu'il a toujours été et sera toujours. Tout étant casue prémière et conséquence finale, le monde se vide de tout sens qui pourrait lui être donné. L'histoire, aussi bien humaine qu'astronomique étant appelée à se répéter en un éternel retour, ne peut revendiquer aucun autre dessein que celui déjà accompli tant d'autres fois. En raison de la circularité de son parcours, le temps perd l'univocité qu'il a dans la pensée classique aristotélicienne où la vérité est celle de l'irréversibilité des événements et la pensée d'une cause première -d'une origine absolue- : le temps, ici linéaire, découle d'une pensée déterministe, et enferme les hommes dans un destin inéluctable où l'acte ne peut se prévaloir d'aucune liberté.

La conception d'un devenir cyclique de l'univers, conduit par la circularité temporelle de l'éternel retour, tend aussi à immobiliser le monde et l'homme dans une prédétermination de leur destin, pourtant la perspective héraclitéenne ouvre le cercle tout en refusant le déterminisme linéaire ; autrement dit, c'est l'intrusion du chaos dans la physis et le recours à un regard non plus déterministe mais probabiliste : si les actes passés perdurent à travers les souvenirs, les lendemains demeurent incertains.

Nietzsche n'oublie pas la pensée héraclitéenne qui consiste en un vaste mouvement circulaire, par lequel l'univers, sorti de sa prime jeunesse, accomplit sa destinée dans une maturité qui aboutit à la décrépitude, pour renaître de ses cendres, intact. Il s'approprie, certes "que toutes les choses reviennent éternellement et que nous revenis nous-mêmes avec elles, que nous avons été là une infinité de fois et que toutes choses ont été avec nous" ou encore que "tout, va, tout revient, la roue de l'existence tourne éternellement. Tout meurt, tout refleurit, le cycle de l'existence se poursuit éternellement. Tout se brise, tout s'assemble à nouveau ; éternellement se bâtit le même édifice de l'existence." mais reconnaît ses sources : "la doctrine de l'éternel retour, c'est-à-dire de la répétition absolue et infinie de toutes choses - cette doctrine de Zarathoustra pourrait, en fin de compte, déjà avoir été enseignée autrefois par Héraclite. Les stoïciens du moins, qui ont hérité d'Héraclite presque toutes leurs idées fondamentalesn en présentent des traces. -" En effet, les stoïciens avaient formulé l'idée de l'éternel retour ave cune volonté d'échapper à la fatalité de faits qui reviendraient immanquablement toujours les mêmes, qu'ils soient actes de vertu ou crimes ; et à la question de savoir comment et pourquoi chercher le bien si tout est prédestiné ? Ils répondaient  qu'il faut aimer son destin selon les termes des stoïciens de l'époque impériale Sénèque et Marc-Aurèle : "Fata volentem ducunt, nolentem trahunt."

Le destin conduit celui qui veut et traîne celui qui ne veut pas.

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Par Aurel
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Jeudi 18 juin 2009
Avant-propos 1/2
Avant-propos 2/2
Introduction

"Et moi qui vous parle, disait Pythagore,
je vous raconterai un jour des histoires,
comme je fais assis devant vous et tenant
en mains cette branche d'arbre que voilà"

SIMPLICIUS, In Aristotelis Physicam, 173a

Successeur de Thalès à la tête de l'Ecole de Milet, Anaximandre a introduit, dans une perspective essentiellement morale, la question de la permanence et du changement. Le retour éternel de toutes choses ramène le même après une série incommensurables d'événements et de transformations cycliques ; un déroulement cyclique s'accompagnant d'incessantes modifications intra-cycliques. Anaximandre est le premier qui ait nettment défini le retour éternel des choses sur elles-mêmes, et tenait pour crime autant que pour nécessité, l'existence séparée des êtres. Le devenir s'accomplit indéfiniment et le passé revient infiniment. Il y a, pour Anaximandre, à l'origine de toutes choses, une substance indéterminée qu'il nomme apeiron, principe de toutes choses, terme auquel on peut donner plusieurs traductions : "infini", ou -en sens propore- "sans limite", ou encore -au sens plus subtil- "sans détermination". Dans tous les cas, on s'élève vers une idée abstraite, celle d'une matière première qui ne possède aucune qualification sensible : à partir de cet apeiron, ni grand, ni petit, ni mou, ni dur, ni chaud, ni froid, vont naître d'innombrables mondes dont le nôtre n'est qu'un cas particulier : cet apeiron primordial est une sorte de chaos primitif, qui illustre parfaitement le rapport du devenir au retour. Ce concept d'apeiron a ce double sens, d'infini, quand il désigne le retour éternel et le nombre des mondes qui se succèdent, d'indéfini -sans limite ni détermination- quand il désigne les phases de leur accomplissement et les moments de leur devenir.

Anaximandre
Détail de l'Ecole d'Athènes
Raphaël 1511
Ainsi, le processus de formation de notre univers repose sur ce qu'on appellera plus tard la "physique des contraires". Il y a au sein de l'apeiron, une opposition fondamentale représentée par le chaud et le froid, des contraires qui se séparent à un moment donné pour engendrer notre univers, qui est un parmi un ensemble d'autres. L'apeiron produit cette séparation en vertu du "mouvement éternel". Ici donc, l'hypothèse capitale d'Anaximandre, est celle qui donne une explication aux choses matérielles par le mouvement. Cette doctrine, appelée "mécanisme", a dominé la physique jusqu'à la fin du quinzième siècle, notamment celle de Galilée et de Descartes.

La cosmologie d'Anaximandre se comprend à partir des trois concepts précédents, l'apeiron, les contraires, et le mécanisme, et c'est en cela qu'elle préfigure les grandes théories scientifiques ultérieures. Nietzsche souligne par ailleurs que : "Jamais un être qui possède des qualité définies ne saurait être l'origine et le principe des choses. L'être vrai, conclut Anaximandre, ne peut posséder de qualités définies, sans quoi il serait né et devrait périr comme toutes les autres choses. Pour que le devenir ne s'arrête jamais, il faut que l'être originel soit défini."

Chaque instant, extirpé du mobilisme universel par Anaximandre selon un rythme de différenciations et de réintégrations, devient le foyer de manifestation d'une dynamique éternelle à laquelle participeront le retour et le devenir. Ce rythme, ramenant à la réalité -dans la totalité du devenir- chaque être et chaque chose avec tout ce que cela implique comme antécédents et conséquents dans le temps, confère à chaque instant passager une part d'éternité.

***
Edit : lire la suite.
Par Aurel
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Jeudi 18 juin 2009
Un nom tout droit sorti d'une table de jdr, un sous-titre "And the Flaming Sword of Fire" qui aurait pu être celui d'un scenar de Donjons & Dragons ; Kröd Mändoon, une série tv Med-Fan qui mérite le coup d'oeil, c'est sur Comedy Central !
Par Aurel
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Projet BD cherche dessinateur

ATEO
- Med-Fan -
Style : Réaliste.
Format : Série.
Guerre de religion dans un vaste monde où la magie semble avoir disparu.

ALBERIK, le nain lubrique
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Format : 3 tomes.
Opéra wagnérien revisité.

PINK SPAGHETTI
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Entre Bluebery et Lucky Luke, mais cette fois le colt est rose.

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Voyage à travers un monde bien mystérieux.

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