Mercredi 23 septembre 2009
Durant ses années à l'université de Bonn, Nietzsche a étudié un peu de sanskrit, et par les diverses publications
de son ami Paul Deusen, s'est intéressé à la littérature védique. Ses références principales dans ce domaine sont sans doute les Lois de Manou qu'il cite à plusieurs reprises notamment dans
l'Antéchrist " C'est avec un sentiment opposé que je lis le Code de Manou, un livre incomparablement spirituel et supérieur ; le nommer
d'une seule haleine avec la Bible serait un péché contre l'esprit " ou encore dans le Crépuscule des Idoles " l'exemple le plus grandiose en est
donné par la morale hindoue, par la loi de Manou qui reçoit la sanction d'une religion".
Ce code propose avant tout la définition des devoirs éthiques et moraux des castes hindouistes, et c'est en ce sens que Nietzsche s'y réfère principalement ; il écrit dans une lettre à Peter Gast " un code religieux de la morale fondé sur les Védas, où l'idée de caste, remontant aux temps primitifs - dépourvu de pessimisme, bien que présentant un caractère sacerdotal - complète de la façon la plus remarquable mes idées sur la religion ".
Cependant, ce code offre aussi une vision cosmogonique du monde. La législation brahmane prépare à la vie éternelle en exigeant une pureté de toutes les pensées et de tous les actes de l'homme.
Le brahmanisme décrit dans le Code de Manou, croit en une puissance divine, une âme suprême qui sommeille, et ne s'éveille que pour créer :
" Le soleil établit la division du jour et de la nuit pour les hommes et pour les Dieux ; la nuit est pour le sommeil des êtres, et le jour pour le travail.
Un mois des mortels est un jour et une nuit des Pitris ; il se divise en deux quinzaines : la quinzaine noire est, pour les Mânes, le jour destiné aux actions ; et la quinzaine blanche, la nuit consacrée au sommeil.
Une année des mortels est un jour et une nuit des Dieux ; et voici quelle ne est la division : le jour répond au cours septentrional du soleil, et la nuit à son cours méridional.
Maintenant, apprenez par ordre, et succinctement, quelle est la durée d'une nuit et d'un jour de Brahmâ, et de chacun des quatre âges (Yougas).
Quatre mille années divines composent, au dire des sages, le Krita-youga ; le crépuscule qui précède est d'autant de centaines d'années ; le crépuscule qui suit est pareil.
Dans les trois autres âges, également précédés et suivis d'un crépuscule, les milliers et les centaines d'années sont successivement diminués d'une unité.
Ces quatre âges qui viennent d'être énumérés étant supputés ensemble, la somme de leurs années, qui est de douze mille, est dite l'âge des Dieux.
Sachez que la réunion de mille âges divins compose en somme un jour de Brahmâ, et que la nuit a une durée égale.
Ceux qui savent que le saint jour de Brahmâ ne finit qu'avec mille âges et que la nuit embrasse un pareil espace de temps, connaissent véritablement le jour et la nuit.
A l'expiration de cette nuit, Brahmâ, qui était endormi, se réveille ; et, en se réveillant, fait émaner l'esprit divin (Manas), qui par son essence existe, et n'existe pas pour les sens extérieurs.
Poussé par le désir de créer, éprouvé par l'âme suprême, l'esprit divin ou le principe intellectuel opère la création, et donne naissance à l'éther, que les sages considèrent comme doué de la qualité du son.
De l'éther, opérant une transformation, naît l'air, véhicule de toutes les odeurs, pur et plein de force, dont la propriété reconnue est la tangibilité.
Par une métamorphose de l'air est produite la lumière, qui éclaire, dissipe l'obscurité, brille, et qui est déclaré avoir la forme apparente pour qualité.
De la lumière, par une transformation, naît l'eau, qui a pour qualité la saveur ; de l'eau provient la terre, ayant pour qualité l'odeur : telle est la création opérée dès le principe.
Cet âge des Dieux ci-dessus énoncé, et qui embrasse douze mille années divines, répété soixante et onze fois, est ce que l'on appelle ici la période d'un Manou (Manwantara).
Les périodes des Manous sont innombrables ainsi que les créations et les destructions du monde, et l'Être suprême les renouvelle comme en se jouant."
Une création débute avec l'éveil d'un dieu, qui produit un univers, puis le monde se dissout quand vient le sommeil divin. Alors, les sens et les sentiments s'affaiblissent progressivement, les principes d'actions des êtres vivants sombrent dans les ténèbres originelles d'où l'univers avait pris son envol. Mais de cette profonde obscurité, Atman (l'être immuable, l'âle suprême régnant au-dessus des dieux) s'éveille à nouveau pour recréer l'oeuvre détruite, réunissant les mêmes principes subtils et s'immisçant dans toutes les formes vivantes, ce jour et cette nuit se répétant infiniment.
Chaque individu, chaque être vivant est promis à une mort certaine puis à une résurrection éternellement renouvelées. Ainsi, un dieu -mortel- crée par delà lui-même des êtres immortels. C'est cette notion qui a frappé Nietzsche, car dans toute la philosophie occidentale, la créature est inférieure au créateur, or ici, le brahmanisme offre une formidable alternative métaphysique : le créé dépasse le créateur. Nietzsche a été séduit par cette notion orientale qui se résume à cette pensée : Créer, c'est se dépasser.
Le bouddhisme en tout être apparent saisit le devenir, et le brahmanisme dans tout devenir saisit l'être. Le bouddhisme affirme la causalité sans substance et le brahmanisme la substance sans cause. C'est en ce sens que Nietzsche démarque ces deux croyances orientales.
Ce code propose avant tout la définition des devoirs éthiques et moraux des castes hindouistes, et c'est en ce sens que Nietzsche s'y réfère principalement ; il écrit dans une lettre à Peter Gast " un code religieux de la morale fondé sur les Védas, où l'idée de caste, remontant aux temps primitifs - dépourvu de pessimisme, bien que présentant un caractère sacerdotal - complète de la façon la plus remarquable mes idées sur la religion ".
Cependant, ce code offre aussi une vision cosmogonique du monde. La législation brahmane prépare à la vie éternelle en exigeant une pureté de toutes les pensées et de tous les actes de l'homme.
Le brahmanisme décrit dans le Code de Manou, croit en une puissance divine, une âme suprême qui sommeille, et ne s'éveille que pour créer :
" Le soleil établit la division du jour et de la nuit pour les hommes et pour les Dieux ; la nuit est pour le sommeil des êtres, et le jour pour le travail.
Un mois des mortels est un jour et une nuit des Pitris ; il se divise en deux quinzaines : la quinzaine noire est, pour les Mânes, le jour destiné aux actions ; et la quinzaine blanche, la nuit consacrée au sommeil.
Une année des mortels est un jour et une nuit des Dieux ; et voici quelle ne est la division : le jour répond au cours septentrional du soleil, et la nuit à son cours méridional.
Maintenant, apprenez par ordre, et succinctement, quelle est la durée d'une nuit et d'un jour de Brahmâ, et de chacun des quatre âges (Yougas).
Quatre mille années divines composent, au dire des sages, le Krita-youga ; le crépuscule qui précède est d'autant de centaines d'années ; le crépuscule qui suit est pareil.
Dans les trois autres âges, également précédés et suivis d'un crépuscule, les milliers et les centaines d'années sont successivement diminués d'une unité.
Ces quatre âges qui viennent d'être énumérés étant supputés ensemble, la somme de leurs années, qui est de douze mille, est dite l'âge des Dieux.
Sachez que la réunion de mille âges divins compose en somme un jour de Brahmâ, et que la nuit a une durée égale.
Ceux qui savent que le saint jour de Brahmâ ne finit qu'avec mille âges et que la nuit embrasse un pareil espace de temps, connaissent véritablement le jour et la nuit.
A l'expiration de cette nuit, Brahmâ, qui était endormi, se réveille ; et, en se réveillant, fait émaner l'esprit divin (Manas), qui par son essence existe, et n'existe pas pour les sens extérieurs.
Poussé par le désir de créer, éprouvé par l'âme suprême, l'esprit divin ou le principe intellectuel opère la création, et donne naissance à l'éther, que les sages considèrent comme doué de la qualité du son.
De l'éther, opérant une transformation, naît l'air, véhicule de toutes les odeurs, pur et plein de force, dont la propriété reconnue est la tangibilité.
Par une métamorphose de l'air est produite la lumière, qui éclaire, dissipe l'obscurité, brille, et qui est déclaré avoir la forme apparente pour qualité.
De la lumière, par une transformation, naît l'eau, qui a pour qualité la saveur ; de l'eau provient la terre, ayant pour qualité l'odeur : telle est la création opérée dès le principe.
Cet âge des Dieux ci-dessus énoncé, et qui embrasse douze mille années divines, répété soixante et onze fois, est ce que l'on appelle ici la période d'un Manou (Manwantara).
Les périodes des Manous sont innombrables ainsi que les créations et les destructions du monde, et l'Être suprême les renouvelle comme en se jouant."
Une création débute avec l'éveil d'un dieu, qui produit un univers, puis le monde se dissout quand vient le sommeil divin. Alors, les sens et les sentiments s'affaiblissent progressivement, les principes d'actions des êtres vivants sombrent dans les ténèbres originelles d'où l'univers avait pris son envol. Mais de cette profonde obscurité, Atman (l'être immuable, l'âle suprême régnant au-dessus des dieux) s'éveille à nouveau pour recréer l'oeuvre détruite, réunissant les mêmes principes subtils et s'immisçant dans toutes les formes vivantes, ce jour et cette nuit se répétant infiniment.
Chaque individu, chaque être vivant est promis à une mort certaine puis à une résurrection éternellement renouvelées. Ainsi, un dieu -mortel- crée par delà lui-même des êtres immortels. C'est cette notion qui a frappé Nietzsche, car dans toute la philosophie occidentale, la créature est inférieure au créateur, or ici, le brahmanisme offre une formidable alternative métaphysique : le créé dépasse le créateur. Nietzsche a été séduit par cette notion orientale qui se résume à cette pensée : Créer, c'est se dépasser.
Le bouddhisme en tout être apparent saisit le devenir, et le brahmanisme dans tout devenir saisit l'être. Le bouddhisme affirme la causalité sans substance et le brahmanisme la substance sans cause. C'est en ce sens que Nietzsche démarque ces deux croyances orientales.







